Je regardais les gens attendre avec anxiété au pied des quais.

Il n'y a pas si longtemps, j'étais l'un d'eux espérant ma Belle perdue, les jambes tremblantes d'impatience; l'échine parcourue d'un doux frisson tel un enfant à l'approche de Noël.

Je repère deux jeunes filles et me prends à faire des paris sur l'Etre attendu.

L'Une aux mèches blondes, décontractée, pantalon pattes d'éléphant noir, manteau beige, un visage jeune aux traits fins, des yeux clairs, trépignante.
L'Autre brune, élégante, manteau noir, chemise blanche, bottes noires, une grande classe réhaussée par un visage étonnamment doux et longs cheveux sombres noués en une queue de cheval lui dévoilant la nuque.

Mes yeux voguent au gré de la foule qui s'amasse au rythme régulier des départs et des arrivées. Là, une petite bande de jeunes s'esclaffent, des gens se reconnaissent, s'embrassent ; ici un père barbu porte le bagage électronique de son fils.

Puis mon regard se porte à nouveau sur les deux créatures "en attente". L'Une est désormais dans les bras d'un jeune homme frêle aux cheveux hirsutes; ils resteront enlacés longtemps, son regard pétillant de larmes de joie. L'Autre retrouve une amie, embrasse l'air à son oreille, puis sur une remarque se met à faire un tour sur elle-même, son manteau virevoltant et dévoilant furtivement par le biais d'une jupe mi-longue fendue, le haut de ses cuisses et une paire de bas noirs.

Je me détourne, ruiné par mes paris solitaires perdus.

Un jour aussi, une jeune fille m'attendra sur le quai de la gare.

Ce jour-là, je serai heureux.



Gare